Dimanche 27 avril 7 27 /04 /Avr 21:33
2002
American Recordings

Je ne peux pas prétendre connaître ne serait-ce que partiellement l'oeuvre de Johnny Cash. Je n'essayerais donc même pas, puisque ça risquerait de mettre en rogne les fans de longue date, les vrais connaisseurs. D'ailleurs ça tombe bien, puisqu'il n'y a vraiment pas besoin d'une quelconque culture musicale pour parler de ce disque, ni pour se laisser toucher par sa grâce. Rarement la musique a été aussi universelle, aussi accessible, et tout simplement belle. Pourtant l'histoire ce disque et de la série des "American Recordings" ne semble pas vraiment propice à la sortie d'un chef d'oeuvre. Une ex-icône de la country au seuil de la mort, poussé à enregistrer de nouveau par ses proches et un jeune producteur star des années 90 (Rick Rubin). Voilà qui semble tout droit sorti de l'esprit d'un scénariste hollywoodien, genre biopic glamour. Dans la vrai vie, ces histoires là n'arrivent pas. Ou bien elles ne résultent pas des chefs-d'oeuvre. Sauf ici.

Pour ajouter à mon incrédulité, le disque est composé en grande partie de reprises. Pour autant, on ne peut pas vraiment le qualifier d'album de reprises. Déjà parce que le terme est un peu péjoratif. Combien d'albums de reprises font figures de classiques (à part pour le jazz, le blues, les premiers Led Zep')? Il faut dire que la reprise est un art difficile. Pour la plupart des groupes amateurs, ça consiste à détruire une oeuvre connue ; pour beaucoup, il s'agit de reprendre un morceau sans rien y ajouter. Parfois un artiste parvient à insuffler une nouvelle vie à une chanson (quand Patti Smith a fait entrer "My Generation" en plein dans le mouvement punk) ; d'autres fois, le morceau d'arrivée est excellent mais n'a plus grand chose à voir avec une reprise (comparez différentes versions du standard "Hey Joe"...). Mais la performance de Johnny Cash relève ici de l'exploit. Il s'implique totalement dans chacune de ces chansons. Il se les approprie entièrement, et pourtant il s'agit toujours des même morceaux. Musicalement, pas de bouleversement. Au contraire, Cash épure les morceaux, n'en garde que l'essence: une voix une guitare, parfois un piano ou des cordes... Le reste, c'est de la magie, l'âme, ce qui différencie à jamais un musicien d'une machine. Comment expliquer autrement la différence entre "Hurt" telle qu'écrite par Reznor et chantée par Cash? En jouant la même chanson, en chantant les même paroles (à l'exception d'un blasphème légèrement transformé) Cash ne raconte pas du tout la même histoire. Il faut l'entendre pour le croire. Même chose pour "Personal Jesus" : la version de Depeche Mode ne parle certainement pas de foi, contrairement à celle de Cash. Parfois il révèle simplement la beauté: je pleure comme une madeleine dès le début de "Hung My Head"... J'ai donc essayé de découvrir l'original (j'ai été un peu surpris de savoir qu'il s'agissait de Sting). Il m'a fallu beaucoup d'abnégation pour écouter ça d'un bout à l'autre. Dommage car les paroles sont magnifiques. Heureusement, Johnny Cash a sauvé ce joyau.

Un des secrets de Cash, c'est qu'il soutient les paroles comme peu d'interprètes savent le faire. Il sait donner une qualité uniques aux textes. Déjà dans sa jeunesse, Cash jouait "A Boy Named Sue" comme on raconte une histoire. Mais la démonstration est encore plus éclatante ici puisqu'il s'agit de textes qu'il n'a pas écrit. Chris Cornell expliquait après que Cash ait couvert son "Rusty Cage", que les gens lui disaient pour la première fois qu'il avait écrit de magnifiques paroles. Ce genre de propos doit représenter un sérieux coup pour l'amour propre d'un chanteur, mais résume tout à fait le talent d'interprète de Cash.

Je parlais d'universalité au début de ce texte, toutefois c'est vrai que parler Anglais aide un peu en l'occurence. On a encensé Bob Dylan comme le barde, le littéraire du Rock. Pourtant, il a été prouvé qu'on peut aimer Dylan sans les textes. Au contraire, je trouverais dommage d'écouter ce disque sans en comprendre les paroles. Certes ça n'ôte rien à l'emotion qui transpire dans la voix du vieil homme. Mais Cash raconte des histoires autant qu'il chante (contrairement à certaines chansons de Dylan dont on cherche toujours ce qu'elles racontent...). Et Cash prêche mieux que personne. A vrai dire, il est peut-être le seul qui ait jamais réussit à me toucher en parlant de Dieu, à me faire réellement comprendre ce qu'est la foi. Partager ceci à travers un enregistrement n'est pas une mince affaire, et ça prouve le talent du bonhomme.

Le producteur Rick Rubin officie dans l'ombre, il soutient Cash sans être intrusif. Ce qui n'est pas un travail facile: en matière de production sonore, le minimalisme est souvent une tâche difficile. C'est pourtant ce qui marche le mieux ici, ce qui laisse l'artiste s'exprimer. Au contraire, les cordes sur "Bridge Over Troubled Water" n'ajoutent rien à l'ensemble. Au final on peut saluer ce producteur qui semble taillé pour sauver les artistes sur le déclin (ce qu'il avait déjà fait avec les Red Hot Chili Peppers, même si on peut aujourd'hui douter du bien-fondé de leur sauvetage).

Le seul défaut de cet album, c'est que certaines chansons me paraissent un peu fades, le tout paraît un peu inégal. Normal après tout: si tout le disque était au niveau de ses meilleurs morceaux, je serais incapable de l'écouter sans être submergé par l'émotion.
Par Simon - Publié dans : Albums - Communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 20 mars 4 20 /03 /Mars 05:47
2000
David Lynch

En général, écrire le synopsis fait une bonne introduction à une critique de film, mais là, ça n'aurait aucun sens, le film n'ayant à première vue pas de scénario. Mulholland Dr. commence comme le portrait de deux femmes, Rita et Betty, impliquées dans un mystère à base d'amnésie. Cette affaire est aussi le prétexte pour peindre le portrait d'une ville. Lynch dépeint Los Angeles, à travers des tableaux a priori sans rapport les uns entre les autres: un réalisateur en pleine déchéance, une conversation dans un café, un assassinat... La vision qui ressort de la ville est assez inhabituelle. Contrairement à ce qu'on voit en général, la vie semble avoir déserté la cité des anges. Les personnages sont tous plus ou moins rongés par la solitude, l'isolement. Mais au fur et à mesure que l'histoire progresse, le mystère qui entoure les deux jeunes femmes s'épaissit au lieu de se résoudre. La dernière heure laisse des spectateurs complètement perdus.

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Le film verse progressivement dans l'abstraction, jusqu'à atteindre des sommets. Lynch se joue de nous, il intervertit les différents personnages féminins et brouille toutes les pistes. A ce stade, il faut complètement abandonner la recherche d'une trame. Inutile d'essayer de reconstituer le puzzle, car il est évident que les pièces ne collent pas. Quand l'un des personnages pose une des questions que le spectateur se pose, en demandant ce qu'ouvre une clé, son interloctuteur lui rit au nez. C'est peut-être le réalisateur qui se moque de nos derniers espoirs de trouver une réponse rationnelle à son film. Il nous fait clairement savoir qu'il s'affranchit des notions de linéarité, de cohérence et de chronologie. Cet abandon n'est pas gratuit toutefois, le film suit juste une autre logique. Les images sont présentés uniquement de façon à créer des émotions. On est tour à tour intrigué, confu, puis tout simplement touché par les images. Parfois aussi on s'amuse de la façon dont Lynch essaye visiblement de nous perdre. Il faut que le spectateur abandonne lui aussi la recherche de rationnalité ; si vous cherchez une explication, si vous cherchez à comprendre, la fin va s'avérer très décevante. Au lieu de ça, il faut prendre les images et les scènes comme elles sont et les savourer pour elles-même. Comme on regarde une photo sans se demander où et quand elle a été prise, il faut juste vivre les émotions projetées à l'écran. Et les émotions, Lynch nous en inonde. Impressions de déjà-vu, de confusion, peines... On ressent pleinement les sentiments des personnages. Ceci est soutenu par une photographie impressionnante.

Bien sûr on peut vite être dégouté par le côté prétentieux du film, ou simplement par l'incompréhension. Mais on peut aussi choisir de se laisser porter et de simplement ressentir les images. Dans aucun cas le film ne peut laisser indifférent.

Edit : Je devrais arrêter de lire d'autres critiques pendant que j'écris les miennes. C'est très mauvais pour l'inspiration. En l'occurence j'ai découvert qu'il existait une explication rationnelle, un scénario (ces choses si communes)... Bien sûr cette explication "rationnelle" est la seule possible: une grande partie du film est un rêve. Je vous laisse chercher par vous-même sur internet pour plus de détails. En effet cette explication, au lieu de me soulager, me déçoit. Non pas qu'elle soit bancale, au contraire cela répond à presque toutes les questions soulevées. Mais savoir qu'il y a une vérité, un but derrière tout ça... Finalement ça ôte un peu de charme. Mon prochain visionnage du film va se transformer en partie de Cluedo, à chercher des indices dans les moindres détails. Après ça je ne pourrais plus jamais voir le film et simplement me laisser impressionner. Car visiblement il y a bien une explication pour chaque détails intriguant. L'interprétation du film n'est pas du tout ouverte comme on pourrait le croire. Même si David Lynch a toujours refusé de livrer une explication, le tout se tient trop bien pour qu'il y ait une autre réponse. Comme un tour de magicien, ce film tire une grande  partie de son attrait du mystère. Toutefois il est intéressant de découvrir ainsi différents niveaux de lectures, d'abord une lecture purement émotionnelle, puis un casse-tête impressionnant de difficulté.
Par Simon - Publié dans : Films
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Lundi 17 mars 1 17 /03 /Mars 21:01
2000
Southern Lord

CocaineRodeo.jpg Mondo Generator, ce nom ne vous dit peut-être rien. Mais si je cite le nudiste qui officiait comme bassiste dans Queens Of The Stone Age, Nick Oliveri, ça vous parlera sans doute plus. Beaucoup parmi les fans des Queens pense que le groupe de Josh Homme ne vaut plus rien depuis qu'il a viré son bassiste allumé. Dans ce cas il est peut-être temps de jeter une oreille à la production solo de Nick Oliveri. Pour l'avoir vu en concert faire tristement la première partie de Turbonegro, je peux dire qu'un ou deux fans de plus ne manqueraient pas pour lui remonter moral. Pourtant, vu le petit nombre de bons disques punks ces derniers temps, on n'a aucune excuse pour en laisser passer un.

Nick Oliveri a tant de choses qui manquent au punk d'aujourd'hui: de l'inspiration, du charisme et de la culture... Eh oui ça compte aussi pour jouer du punk: il suffit de voir le nombre de groupes qui essayent d'imiter Green Day pour comprendre. Au lieu de ça, Nick puisse parmi des références un peu plus intéressantes. "Shawnette" est visiblement un hommage à Black Flag et à leur "Damaged" ; sur "Uncle Tommy", Nick se prend carrément pour le bassiste des Dead Kennedys. "Dead Insects" rappelle même... Kurt Cobain (mais en faisant nettement mieux que les hordes de groupes qui imitent Nirvana). Bien sûr c'est un peu plus qu'un catalogue de l'histoire du punk. Par dessus tout, on entend la personnalité de Nick, sa voix éraillée et son énergie incroyable. Tout ça construit un univers fait de sexe (lubrique), de drogues (nombreuses) et de rock 'n' roll (bruyant). Du punk cru et plutôt basique, mais que demander de plus? Tout ça rappelle les Dwarves, dont Nick a fait un temps partie. Le rythme ne se ralentit que pour "Shawnette" et "Simple Exploding Man", deux pièces noisy pas franchement reposantes, qui exsudent la folie, l'ambience des lendemains de cuite. L'album se conclue sur "Cocaine Rodeo", une blague punk que mon penchant féministe m'ordonne de ne PAS trouver drôle.

Un mot sur le line-up, constitué à 75% d'ex-membres de Kyuss: Brant Bjork à la batterie, Josh Homme à la guitare et bien sûr Nick Oliveri, à la basse et au chant. Après tout le groupe est nommé d'après une chanson de Kyuss (la seule que Nick ait jamais composé pour ce groupe). Pourtant pas la peine de chercher la ressemblance entre les deux groupes, ni avec Queens of the Stone Age (hormi "Tension Head", un morceau qui apparaît aussi sur "Rated R"). Autant Kyuss produisait une musique chaleureuse et complexe, autant celle de Mondo Generator est crue et directe, avec une production à l'avenant.

Depuis, la folie de Nick Oliveri a dépassé son talent, et Josh Homme l'a laissé sur le bord de la route avant l'enregistrement de "Lullabies". Résultat, Mondo Generator a été renommé "Nick Oliveri and the Mondo Generator", d'autres musiciens ont été engagés et le dernier album a pris une direction plus metal. Et Nick trouve moins intéressant de jouer à poil quand il n'y a que 30 spectateurs dans la salle. Tant pis pour nous.
Par Simon - Publié dans : Albums - Communauté : Le Monde du Rock
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Mardi 4 mars 2 04 /03 /Mars 23:40
Tiens tiens, je n'étais pas du tout au courant que NIN sortait quelque chose. Il faut dire qu'un artiste qui n'attends pas 4 ans entre deux albums, ça ne court pas les rues de nos jours. Bref hier sortait un projet intitulé "Ghosts I-IV" qui est constitué uniquement d'instrumentaux. L'ambience est très onirique et rappelle un peu Tangerine Dream dans l'esprit.

La cerise sur le gâteau: vous pouvez télécharger gratuitement "Ghosts I" soit 9 titres mp3 (@320Kbps) accompagnés de l'artwork au format pdf et de quelques goodies. Autant dire qu'aucune plateforme de téléchargement payant ne propose un service de cette qualité. Pourquoi c'est toujours mieux quand c'est gratuit? Et musicalement ça vaut largement le coup, c'est même excellent (je dis ça alors que je découvre en ce moment même), n'hésitez donc pas. Merci monsieur Reznor!

http://ghosts.nin.com/

Par Simon - Publié dans : News - Communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 24 février 7 24 /02 /Fév 06:10
J'ai été accro à la musique. Vous pouvez croire que c'est une figure de style ridicule, et pourtant c'est la stricte vérité. Maintenant que je regarde ça avec recul, je me rends compte que j'étais même un vrai junkie. Ca dépassait le cadre de la passion, il s'agissait bel et bien d'une addiction. Comment expliquer sinon une telle frénésie d'achat? Au sommet de cette addiction, j'allais sans doute quotidiennement à la fnac, au virgin ou chez le disquaire indépendant, souvent les trois dans la même matinée. Voire plus d'une fois par jour. A chaque fois je me disais que c'était par simple curiosité. Mais je savais bien que je repartirais avec un album, probablement un classique soldé à 7 euros. Je n'avais pourtant pas le temps de faire ça, et encore moins l'argent nécessaire. Mais ce genre d'arguments n'arrête pas les vrais junkies. J'allais échanger chez le disquaire d'occasion, en espérant lui refourguer deux ou trois disques miteux (genre mauvais rap, erreurs de jeunesse). Et je faisais ça dans le même esprit que d'autres vont voir leur dealer en espérant un crédit de 10 euros.

Pourtant ma "consommation" de disques n'avait rien de la boulimie de certains (G.T. si tu me lis). La taille de ma discothèque paraîtra tout aussi ridicule pour de telles personnes. Il n'y a qu'une seule raison qui m'a retenu d'un tel écueil : mon compte en banque. Avec à peine plus de 400 euros par mois pour dormir, manger, payer mes fournitures et le train, pas besoin d'être comptable pour comprendre que je n'avais pas les moyens d'entretenir une passion aussi coûteuse. Alors forcément il a fallut faire quelques économies sur le reste, en particulier la nourriture. Me payer un kébab, c'était comme déjeuner chez un grand chef. Le reste du temps, toujours la même bouffe insipide, riz, pâtes, conserves. Ou bien juste avoir faim. C'est d'ailleurs sur ce dernier point que je me rends compte que j'étais sacrément accroché. Mes habitudes alimentaires auraient choqué un psy autant qu'un diététicien. Je ne souhaite à personne d'en arriver là, parce que ça ne ressemble pas vraiment à ce qu'on attends d'un mélomane.

Aujourd'hui, seulement un an plus tard, ma vie a bien changé et tout ça est loin derrière moi. Paradoxalement j'ai désormais les moyens d'acheter et je ne le fais quasiment plus. Il faut dire qu'acheter des disques à Best Buy (l'équivalent américain de Darty) c'est beaucoup moins tentant, et c'est le seul endroit pas trop loin où je peux acheter des CDs. D'un côté je le regrette, car ma discothèque ne s'aggrandit quasiment plus. J'ai même du mal à avoir envie d'un nouvel album, ce qui me manque énormément. J'ai aussi accès à internet, ce qui n'était pas le cas. Pouvoir écouter tout et n'importe quoi m'ôte l'excitation, la curiosité que j'avais pour n'importe quel disque auparavant. Je ne sais pas trop si je dois maudire ou bénir Deezer. Je compense en jouant de la musique, plus que jamais, et aussi en écrivant ce blog. Mais j'ai un drôle de sentiment, comme si je n'étais pas si content d'avoir décroché. Après tout, je n'ai pas du tout envie de me passer d'une drogue aussi jouissive que l'est la musique.
Par Simon - Publié dans : Billets d'humeur - Communauté : Le Monde du Rock
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