Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 01:18
"Amen, Brother", un funk instrumental, reprise d'un vieux classique gospel par "The Winstons". Paru en 1969 comme la face B du 45-tours "Color Me Father"", il est aujourd'hui le morceau de batterie le plus célèbre du monde. Et pourtant vous ne l'avez peut-être jamais entendu. Il faut dire qu'on en a retenu moins de six secondes. A 1:26 le batteur Gregory Sylvester "G.C." Coleman entame un break de 5,2 secondes, quatre mesures d'anthologie. Sa régularité de métronome et la production très compressée, (sans parler du groove irrésistible) lui vaudront d'être le passage le plus... samplé de la musique moderne. On peut désormais entendre l'amen break dans un nombre incalculable de morceaux de hip-hop, de Drum 'n' Bass, ou même en fond sonore de pubs radio ou télé!


NB : dans le morceau ci-dessus, le break en question est ralenti, ce n'est pas la version originale mais une version spécialement éditée pour les DJs en 1986. C'est malheureusement la seule version complète du morceau que j'ai trouvé.

Son apparition la plus célèbre est sans doute sur le morceau "Straight Outta Compton" de N.W.A. (le groupe qui comptait entre autres Dr. Dre, Eazy-E et Ice Cube). Paru en 1988 ce morceau utilise la première mesure du break, dans une version "propre" et à la vitesse d'origine.


En 1990, Mantronix utilise lui aussi le break dans une version légèrement ralentie et salie. Elle est surtout "chopped" c'est à dire découpée informatiquement en morceaux, ce qui permet de reprendre le beat à n'importe quel moment dans la mesure pour donner cet effet saccadé typique. Ce morceau justement intitulé "King Of The Beats" ouvre la porte à l'utilisation qui sera faîte de l' "amen break" durant les années 90 dans l'electro. De fait c'est ce beat qui est quasiment à lui seul à l'origine de la Jungle et du Drum 'n' Bass.



Ce "recyclage" qui est l'origine du rap et d'une partie de l'electro est absolument passionnant. C'est une façon géniale de redonner une deuxième vie à des morceaux oubliés. C'est toujours assez jubilatoire de faire le lien entre un sample de rap et le morceau de funk dont il est issu. Pourtant le système a de graves limites : bien que l'amen break ait été samplé des milliers de fois (souvent samplé depuis un sample), ni le propriétaire des droits Richard L. Spencer, ni le batteur G.C. Coleman n'ont touché un cent sur ces samples. Il faudra se contenter de la célébrité et de la satisfaction de savoir que son groove a fait dancer la planète entière. Certaines sociétés ont même poussé le bouchant très loin en proposant des kits de samples, dont l'amen break, en imposant un copyright sur ce sample!

Je finis avec un exemple d'usage extrême de l'amen break par Squarepusher en 1997, intitulé "Vic Acid". Notez que le break a été découpé ("chopped") tout comme sur "King Of The Beats" mais avec une meilleure qualité et un usage plus poussé. Avec les sons individuels (hihat fermée et ouverte, caisse claire, grosse caisse) des rythmes tout à fait nouveaux sont créés. Le concept est poussé dans ses limites, tout comme le tempo.

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Par Simon - Publié dans : FYI - Communauté : Le Monde du Rock
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